lobbyiste du mois

Le lobbyiste du mois : José Manuel Barroso

Barroso...? Barroso ...? Barroso ! Ah oui José Manuel Barroso, président de la Commission européenne de 2004 à 2014, l'un des artisans de l'honni traité de Lisbonne, celui-là même qui au cœur de la crise économique et financière a tordu le bras des gouvernements du Sud de l'Europe pour qu'ils appliquent l'austérité.

Eh bah, alors, il ne coule pas une douce retraite d'ancien député, premier ministre portugais du Parti social-démocrate, le grand parti de droite portugaise (ça ne s'invente pas), et d'ancien président de la commission européenne ? Eh bien non. Quelques mois après s'être retiré de la Commission fin 2014, il est embauché par la banque d'affaires Goldman Sachs.
Oui, oui, Goldman Sachs ! Celle qui a aidé le gouvernement grec à truquer ses comptes pour entrer dans l'UE, une des banques au cœur de la titrisation des produits financiers, les fameux subprimes qui ont mis des millions d'Américains à la rue, acculés à la dette, et dont les maisons ont été saisies.
La banque d'affaires la plus crapuleuse au monde a embauché José Manuel Barroso.
Déjà en 2016, sa nomination a provoqué quelques remous. Une pétition de fonctionnaires européennes anonymes a rassemblé plus de 154 000 signataires contre ce conflit d'intérêt en bonne et due forme. Mais le Comité d’éthique de la Commission, à l'indépendance douteuse, a jugé que le pantouflage de Barroso n'était qu'un « manque de jugement » et non « pas une infraction ».
On se doute que ce n'était pas pour jouer le banquier d'affaires, mais pour faire profiter Goldman Sachs de son carnet d'adresses, de son expérience, de sa connaissance des rouages de la Commission, sur des sujets tels que la taxe sur les transactions financières, la fraude et l'évasion fiscales, la régulation des banques, la dette des Etats membres, le passeport financier européen etc... Mais Monsieur Barroso s'en était défendu, clamant qu'il ne ferait pas de lobbying auprès de l'institution qu'il a dirigée.
Or ni vu, ni connu, José Manuel Barroso a rencontré en octobre 2017 Jyrki Katainen, vice-président de la commission finlandais chargé des investissements et de la compétitivité. Monsieur Katainen a été brièvement commissaire aux Affaires européennes et monétaires en 2014, autrement dit, sous les ordres de Barroso.
Cette rencontre s'est déroulée dans un hôtel proche de la Commission, alors que Barroso n'est pas mentionné sur le registre de transparence, le registre des lobbyistes accrédités. La rencontre aurait été faite à titre « personnelle » et amicale, autour d'un bière, et surtout sans témoin... A quel propos ? Ah oui, « des questions de défense et de concurrence », auprès d'un commissaire chargé de la compétitivité...
Il n'empêche. Combien d'autres rencontres secrètes dans des hôtels bruxellois ont-elles pu se tenir ? Force est de constater que Barroso dispose de solides relais à la Commission. Martin Seylmayr, qui s'est auto-promu secrétaire général de la Commission (le plus haut fonctionnaire européen) au mépris des règles internes de l'institution, a été porte-parole puis chef de cabinet de l'ancienne commissaire à la justice Viviane Reding, avant de devenir directeur de cabinet de Jean-Claude Juncker. L'ancien porte-parole puis chef de cabinet de Barroso, Johannes Laitenberger, est passé directeur général adjoint, avant de devenir directeur général de la concurrence.
Or d'après Jean Quatremer, plusieurs «Barroso’s boys», tous des anciens du service du porte-parole, ont à nouveau été promus par Martin Selmayr », l'un - Koen Doens - fut nommé directeur général adjoint au développement « moins de trois ans après avoir réussi le concours interne de la fonction publique européenne », tandis que l'autre - Pia Ahrenkilde Hansen – fut nommée secrétaire générale adjointe.

« M. Barroso n'a pas tenu son engagement de ne pas exercer de lobbying au nom de Goldman Sachs », juge la coalition d'ONG anti-corruption, Alter-EU, dans une lettre ouverte. La Commission se défend affirmant que la rencontre a été notifiée dans le registre de transparence et Goldman Sachs affirme que « depuis le début de son mandat, M. Barroso s'est refusé à représenter l'entreprise dans le cadre de tout interaction avec des fonctionnaires ou des représentants officiels de l'UE ».
Soit. Comme la moitié des anciens commissaires, José Manuel Barroso s'est recasé en tant que lobbyiste, mais jamais au grand jamais auprès de la Commission européenne. Croit qui veut à cette fable. Il en reste le goût âcre du doute.