l'observatoire insoumis des lobbys en europe

Valls et l'austérité, une histoire d'amour

Le nouveau premier ministre Manuel Valls subit déjà le lobbying courtois, mais non moins réel de la Commission européenne et de l'Allemagne pour appliquer l'austérité.

La nomination du libéral Manuel Valls jadis nommé le « Sarkozy de gauche », au poste de premier ministre d'un gouvernement quasi exclusivement solférinien a fait la une de tous les journaux français et européens cette semaine. Il est vrai, M. Valls fait sensation. Alors que la débâcle du PS aux élections municipales démontre le décrochage de son électorat populaire, qui rejette massivement l'austérité et souhaite une politique sociale, François Hollande a choisi en Manuel Valls l'homme réputé le plus à droite du PS. Il estime probablement que pour mener une politique de droite, il est le mieux placé, et il aura raison. Presque un gouvernement de cohabitation en fait.

Mais pendant ce temps de furie médiatique, deux nouvelles passaient subrepticement dans les journaux. La première nous vient d'Allemagne. Dans une lettre, le leader du Parti social-démocrate et vice-chancelier Sigmar Gabriel a d'abord félicité le nouveau locataire de l'hôtel Matignon. Mais il s'est empressé d'avertir Manuel Valls. Celui-ci doit obéir à Angela Merkel, et vite ! Il doit réduire les déficits et la dette par l'austérité, il doit faire les réformes structurelles du marché du travail et la protection sociale. Bref tout le blabla néolibéral habituel. C'est ce qu'il faut lire quand Sigmar Gabriel dit «Les défis auxquels nos pays et l’Europe doivent faire face sont énormes. Il s’agit avant tout dans les années à venir de renforcer les moteurs de la croissance et de la compétitivité de l’Europe et de veiller à ce qu’il y ait plus d’emplois, particulièrement pour les jeunes. » Premier recadrage.

Le deuxième nous vient de Bruxelles et plus précisément du commissaire européen chargé des affaires économiques et monétaires Olli Rehn. Il a rappelé les engagements budgétaires de la France, alors que les chiffres de 2013 étaient tombés : le déficit français a atteint 4,3 % du PIB, au lieu des 3,9% décrétés par Bruxelles. Il affirme ensuite avoir « hâte de recevoir le programme de stabilité et de réformes » et vouloir « essentiel que le pays agisse de manière décisive pour assurer la soutenabilité de ses finances publiques à long terme, et pour résoudre les entraves bien connues à la compétitivité et à la croissance ». Pour en rajouter une couche, Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe, a rappelé les délais que le gouvernement a déjà obtenus. Les réformes ne vont pas assez vite, les peuples ne souffrent pas assez pour ces pantins aux mains des lobbys néolibéraux.

Nul doute que Manuel Valls fera tout pour adoucir le courroux de la Commission et de Madame Merkel. On le sait libéral, grand partisan de l'austérité pour réduire le déficit et la dette publics. C'est lui qui voulait « déverrouiller les 35 heures » qu'il jugeait néfastes. C'est lui qui voulait changer le nom du Parti socialiste. C'est lui qui allie l'ultra-libéralisme à une politique sécuritaire, prenant exemple sur Georges Clémenceau, le premier premier flic de France et briseur de grèves notoire.

Nul besoin de forcer la main de Manuel Valls quand il s'agit d'austérité, de réformes structurelles, de matraquage du mouvement ouvrier ou de chasse des Roms. Vous êtes prévenus. 

Ça suffit ! Disons stop à l'austérité ! Ne laissons pas à Manuel Valls les coudées franches pour agir ! Le 12 avril, soyons tous dans la rue !