l'observatoire insoumis des lobbys en europe

Le Conseil Constitutionnel tue la loi Florange


Si ce n'était pas si grave pour des milliers de salariés, on pourrait presque en rire. Le vaudeville hollandais de la trahison des ouvriers continue de plus belle.

Hier, le Conseil constitutionnel a en effet retoqué la loi Florange, initialement destinée à empêcher les licenciements abusifs pour les entreprises de plus de 1000 salariés, et rééquilibrer ainsi les rapports de force entre la force de travail et la propriété du capital. Las, après son passage par les lessiveuses parlementaires socialistes shampouinées par les lobbys paniqués, il ne restait déjà plus rien de cette loi. Le texte obligeait simplement les dirigeants à « chercher » un repreneur pendant trois mois sous peine de bien maigres pénalités ; mais elle ne les forçait évidemment pas à trouver, ce serait déjà trop demander aux rapaces qui restructurent à leur guise leur capital mondialisé, déplacent les hommes et les femmes comme on déplace des pions sur un Monopoly. Or qui peut penser que les capitalistes aient envie de chercher sérieusement un concurrent à qui céder l'unité de production ? Les bisounours socialistes, éventuellement. Quoique, le cynisme est leur marque.

Le législateur socialiste avait donc opportunément introduit une limitation à l’obligation de céder un établissement, en cas d’«existence d’un motif légitime […], à savoir la mise en péril de la poursuite de l’ensemble de l’activité de l’entreprise». Dès lors, le contenu de la loi devenait tout simplement contradictoire avec ses propres intentions de départ. Dans le système capitaliste, céder du terrain à un concurrent direct, c'est risquer la pérennité de l'entreprise.

Las, même vide, le Conseil constitutionnel a jugé bon de retoquer le texte dans ses dispositions centrales, à savoir l'idée de pénalités et surtout l'obligation déjà ténue de chercher un repreneur, au motif qu'elles « portent une atteinte inconstitutionnelle au droit de propriété et à la liberté d'entreprendre ». Le MEDEF a-t-il migré des couloirs de l'Elysée aux coursives du Conseil constitutionnel ? Cet exemple démontre une nouvelle fois l'urgence de changer les institutions autant que la Constitution de ce régime oligarchique.

Conclusion : énième abandon de la classe ouvrière par le pouvoir socialiste. Heureusement, le PS, passé maître dans l'art de manier les apparences, possède une carte de choix : un Edouard Martin converti aux sirènes du pouvoir peut ainsi opportunément sortir du chapeau pour verser quelques larmes inutiles. Celles d'un nouveau candidat de l'oligarchie qui ose encore s'attendrir pour le camp trahi. « La désillusion de François Hollande, ce n’est pas ce qui m’intéresse le plus. Celle des travailleurs, en revanche, oui, elle m’intéresse ». Comme si l'un et l'autre n'était pas liés, comme s'il n'y avait aucune correspondance entre le pouvoir politique et le champ économique, comme si les travailleurs étaient trop bornés pour évaluer et juger l'accumulation de promesses non tenues au niveau du gouvernement. Le mépris allié à la lâcheté. Les hommes inconséquents sont décidément bien prompts à déplorer les effets dont ils chérissent les causes.

Nous les combattons et nous les combattrons encore. En tant qu'elle constitue un secteur industriel stratégique pour le pays, l’État aurait dû réquisitionner l'usine, soit pour la nationaliser, soit pour la céder sous forme de SCOP aux salariés. La saignée de notre appareil productif doit cesser : il n'est plus temps de dialogue social que de volontarisme politique.

A Gandrange reposent les promesses de Sarkozy, à Florange celles de son alter-ego : François Hollande. Quant à la finance, dont Mittal est l'un des visages les plus détestables, elle continue de gouverner au-dessus de la souveraineté populaire, au détriment de l'intérêt général.