l'observatoire insoumis des lobbys en europe

Changer la génétique européenne !

Décidément il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans l'UE et l'organisation de ses institutions. Pioneer, multinationale américaine de l'agro-business qui ruine les sols et détruit les économies locales tout autour de la planète, vient de se voir autoriser la culture d'un nouveau maïs transgénique, le TC1507, sur le sol européen. Et dans des conditions absurdes : une majorité d'Etats s'est en effet prononcée contre cette autorisation la semaine dernière (le mardi 11 février), à 19 contre 5 (4 abstentions). Las, la majorité qualifiée nécessaire pour bloquer le texte au Conseil européen était de 260 voix, et seules 210 voix d'opposition ont été décomptées. "La règle veut que si le Conseil ne prend pas de décision, la Commission européenne devra approuver la culture dans les prochaines 24 heures", a expliqué le service juridique du Conseil". On se demande bien où se nichent encore les derniers lambeaux de souveraineté quand les multinationales et leurs lobbys affirment leur vue au détriment de la majorité des Etats.
Pire : le Parlement européen s'est lui aussi prononcé contre l'introduction de cette nouvelle culture OGM sur le sol européen, par 385 voix contre 201 (35 abstentions). Mais son avis, consultatif, n'est pas contraignant et n'a aucun impact juridique. Or, dans quelle supposée démocratie est-il possible de passer outre la majorité des parlementaires - qui sont, faut-il le rappeler, les seuls élus du peuple au niveau européen ? L'administration autoritaire du libéralisme européen fait peu de cas de la délibération collective, c'est une constante.

Cette décision non-décidée ouvre donc un peu plus l'Europe au productivisme forcené des firmes de la faim au détriment de l'agriculture biologique, paysanne et locale que la crise économique et écologique rend aujourd'hui indispensable de développer dans un esprit d'égalité sociale.
Il s'agit d'une nouvelle fuite en avant au nom du business tout-puissant, qui profite exclusivement aux Etats-Unis - ou plutôt au capital accumulé par les actionnaires goulus de Pioneer. Sous la coupe des lobbys, la Commission continue ainsi d'admettre le principe selon lequel il y a "équivalent en substance" entre plantes génétiquement modifiées et conventionnelles, sans prendre en compte le moindre argument social ou écologique dans ses décisions. Et cette situation devrait s'aggraver avec le traité transatlantique (GMT) en cours de négociation (opaque) avec les Etats-Unis.

Il y a bien une initiative parlementaire en France pour faire interdire la maïs transgénique dans l'hexagone : une proposition de loi a été déposée par le sénateur PS Alain Fauconnier . Sauf que dans l'état actuel des traités européens libéraux, le droit communautaire de l'UE s'impose aux législations nationales. Il est donc grand temps d’arrêter la schizophrénie, de sortir des traités européens qui dépouillent les peuples de leur souveraineté et de s'engager délibérément dans une grande politique de planification écologique, qui respecte l'humain, le travail et l'environnement. Il est temps de réorienter l'économie vers le bien-vivre."