l'observatoire insoumis des lobbys en europe

La Commission européenne et le gaz de schiste…

Une directive sur l’encadrement du gaz de schiste se prépare…manière d’autoriser son exploitation.

Encore une fois, nous pouvons être fiers des lobbies du gaz de schiste ! Ils n’ont pas réussi en France à faire passer ne serait-ce que la recherche sur la fracturation hydraulique, la Question Prioritaire de Constitutionnalité ayant été rejetée par le Conseil Constitutionnel. Chevron vient d’abandonner son souhait d’exploiter du gaz de schiste en Roumanie, à cause des manifestations. En Pologne, les paysans se battent aussi, contre l’avis du gouvernement. Et pourtant, les multinationales pourront, courant 2014, se prévaloir d’une directive qui fixe des règles environnementales, et ainsi arborer les vêtements verts de l’écologie tout en exploitant du gaz de schiste.
La directive aurait pour but d’harmoniser le niveau de protection des populations, en matière « d'évacuation des gaz à effet de serre et de leur combustion en torchère, de perturbations sismiques, de contamination des eaux souterraines et de gestion de l'approvisionnement et des réserves en eau, de conséquences sur la qualité de l'air et les émissions de bruit, de problèmes d'infrastructures provoqués par les activités de l'industrie lourde » d’après le site Euractiv. A priori cela semble une bonne idée.

Mais encadrer signifie autoriser. Donc la Commission avalise l’exploitation du gaz de schiste, alors que les dégâts environnementaux sont désastreux. L’eau utilisée est contaminée, polluée, radioactive, et pourtant en partie rejetée dans les rivières ou les nappes. Les eaux rejetées par les forages sont radioactives à des taux parfois 1 000 fois supérieurs aux limites autorisées pour l’eau de boisson aux Etats-Unis. Qui a vu le documentaire Gasland comprend la dangerosité du gaz de schiste, quand l’eau du robinet est inflammable. L’air est également contaminé : les émissions de méthane sont très importantes. Or le méthane est un gaz dont l’effet de serre est 86 fois plus puissant que le CO2 sur 20 ans et au moins 34 fois plus puissant sur un siècle, d’après le GIEC. Rappelons que selon l’Agence internationale de l'énergie, l'exploitation de gaz de schiste la plus respectueuse de l’environnement risquerait d'augmenter la température mondiale de 3,5 degrés. De quoi faire réfléchir… mais quand il y a de l’argent, les grands groupes sont prêts à tout !

Ils trouvent une oreille attentive à Bruxelles, qui d’une part souhaite affirmer son pouvoir ( au détriments des Etats membres) sur la politique énergétique, qui est de la compétence des Etats souverains, et d’autre part réfléchit à des solutions permettant aux pays de moins dépendre du pétrole et du gaz étrangers, en particulier russes, algériens, libyens, qatari, saoudien etc…Sauf que les réserves en gaz non conventionnels sont très incertaines, et pas forcément rentables, notamment en France. Aux Etats-Unis, moins de dix ans après le début de l’exploitation, les champs de Barnett et de Haynesville, qui fournissent la moitié du gaz de schiste américain, dans le Sud des Etat-Unis, ont franchi leur pic de production 2011. Courte durée de vie pour le gaz de schiste. Ne vaut-il pas mieux réfléchir sérieusement à la planification écologique et la transition énergétique ?

La politique énergétique relevant de la compétence des Etats, selon le principe de subsidiarité, les Etats pourront choisir de transcrire dans la loi ou non la directive. La loi en France interdit la fracturation hydraulique et le président Hollande a réaffirmé son refus de l’exploitation et de la recherche. Mais jusqu’à quand ? La directive, avec sa caution environnementale offrira de nouveaux arguments pour les industriels et ses relais gouvernementaux comme Arnaud Montebourg et Sylvie Hubax, directrice de cabinet de François Hollande. Le mari de Madame Hubac n’est autre que Philippe Crouzet, PGD de Valllourec, entreprise, qui d’après Delphine Batho, ex-ministre de l’écologie, promeut activement le gaz de schiste. De plus, le président de la Commission, José Manuel Barroso, souhaiterait inclure cette directive dans un paquet de mesures concernant l'énergie et le climat, avec des mesures sur les sables bitumineux, des objectifs pour 2030 et un système d'échange de quotas d'émission de gaz à effet de serre en Europe. Serait-ce un moyen détourné de faire adopter la directive sur les gaz de schiste par les Etats ?

Notre réponse est claire et intangible. Non au gaz de schiste ! Oui à la planification écologique ! Non aux lobbies ! Oui à la délibération nationale et au souci de l’intérêt général !